Patate Land à Wazemmes

Il est clair que l’on ne s’arrête jamais. Car après Marc Sautelet c’est vers le Collège de Wazemmes que La rose des vents se dirige et cette fois c’est Amièle que je suis.
Avant d’aller plus loin il est grand temps de vous avouer ceci : je ne suis pas Lilloise (par souci de sécurité je garde mon identité géographique secrète) et prendre le métro seule dans la jungle urbaine fut pour moi un véritable obstacle. Alors c’est avec Diane (et en voiture) que je découvre pour la première fois le collège de Wazemmes.

Je rencontre la Peuplum Cactus Compagnie entourée d’une trentaine d’élève, non pas en atelier cuisine (décidément après les fouets de Marc Sautelet, on va finir par croire que c’est une obsession) mais bien en atelier de création de marionnettes à base de pomme de terre.

« Pomme de terre, pomme de terre… » vous dites-vous … mais oui. Tout à fait, Peuplum Cactus = Cœur de Patate, spectacle jeune public que nous avions reçu à La rose quelques mois plus tôt.

Alors ce projet comment est-il né ? Et bien ce sont Axel Raix, principal de l’établissement, Patrice Gache professeur de français, Jeanne Martin professeure d’SVT, Amièle, Diane (on ne les présente plus !), Luc-Vincent et Jessy de la compagnie qui nous l’expliquent.

« C’est un projet qui date de trois ans finalement. Avant, il y avait un parcours de trois ou quatre spectacles et une visite de La rose des vents mais l’année dernière nous avons eu l’envie de pratiquer le théâtre en interne. Alors cette année, il fallait intégrer une compagnie » nous dit assez fière Jeanne Martin

Cependant rencontrer un public adolescent c’est assez périlleux et Diane nous fait remarquer là que se trouve l’une de leurs missions. En tant que chargée de relations publiques, il s’agit aussi de trouver la cohérence d’un projet face aux compagnies et aux publics.

« Il faut savoir quelles sont les compagnies capables de travailler entre le Jeune Public et le public adolescent. Cet entre-deux est souvent le public le plus compliqué parce qu’on reflète une image de soi aux autres parfois difficile à assumer ».

Sur une vingtaine d’élèves volontaires, garçons et filles se confrontent à la fois à la théorie du spectacle mais aussi à la pratique et suivent depuis un an des ateliers de théâtre trois fois par semaine, ponctuellement accompagnés par la Compagnie. Sans mentir, l’agitation des enfants et l’âge ingrat que représente la treizième année d’une vie a provoqué quelques difficultés et Jeanne insiste sur ce point.

« C’était compliqué. Mais à partir du moment où ils ont compris qu’il ne fallait pas s’observer l’un l’autre mais bien faire face à soi-même, il y a eu un déblocage. »

« Et puis travailler sur le théâtre d’objets, ça a permis d’avoir un relais pour aller au plateau. L’objet a eu une réelle importance. Ce n’était plus vraiment eux, c’était leur marionnette » rajoute Patrice Gache

Et parlons en tiens de cet objet, car on se vante d’être à Patate Land mais c’est quoi Patate Land ? Patate Land c’est une ville. Une vraie ville, avec un cinéma, une mairie, un marchand de kebab et une bibliothèque.

« Au début, l’imaginaire était difficile à provoquer, mais une fois lancé, c’était incroyable. On n’a pas voulu parler d’histoire, car une histoire c’est trop long à créer, on a préféré parler de couleurs, et de situations. Quelque chose qui est en train d’arriver. » La Peuplum Cactus Compagnie

Et est-ce que dans Patate Land il y a un théâtre comme La rose des vents ?

Bon, je titille un peu je suis d’accord, mais tout ça pour dire qu’implicitement, une des missions importantes pour l’établissement et La rose était aussi de faire sortir les élèves.

« Il faut montrer aux parents et aux élèves qu’on peut faire autre chose. Il y a à peu près cinquante projets différents dans tous les domaines au sein de l’établissement pour montrer que l’on peut vivre d’autres choses. Dans leur quotidien, ils ont l’impression que les choses ne sont pas faites pour eux. » nous dit Axel Raix, renchéri par Jeanne Martin « Les élèves s’attendent à ce que les comédiens reviennent l’année prochaine. Ma mission est réussie car au début les élèves ne voulaient pas sortir de leur quartier. Maintenant ils adorent aller au théâtre. D’ailleurs on est retourné voir Meurtre au Motel »

Trêve de bavardage et place à la pratique. Et la pratique, elle s’appelle « Quelque chose de vert », soit une petite forme d’environ une demi-heure créée par Jessy et Luc-Vincent racontant l’histoire incroyable d’un astronaute prisonnier d’une planète sans végétation. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’après la représentation, les questions s’enchaînent

« Vous vous sentez comment devant le public ? »

« C’est quoi vos motivations pour ce métier ? »

« Vous vous êtes habillés en vert parce que ça s’appelle Quelque chose de vert ? »

« Pourquoi il a détruit le vaisseau ? »

« Il y a une morale ? »

Alors pour mieux répondre aux questions, rien de mieux que de s’y confronter soi-même et deux jours plus tard c’est ce à quoi je fais face. Environ vingt enfants sont en train d’éplucher, de découper, de construire et de répéter des scénarios pour mettre en place leur première mise en scène et quelle mise en scène ! Petites incohérences de scénario et bugs de première représentation, mis à part, ce fut assez impressionnant de voir comment une imagination et une énergie stimulées dans le même sens pouvaient vraiment être source de créativité.